Les bestiaires médiévaux décrivent aussi bien des animaux fantastiques que des animaux exotiques. Dans les marges, il y a autant d’animaux fantaisistes que d’animaux connus et identifiables. Il y a des monstres mais aussi des oiseaux d’espèces reconnaissables (pies, mésanges, chardonnerets, hérons, canards…). Les traités de chasse illustrés montrent des rapaces, du gibier et différentes races de chien de façon très réaliste.
Parmi tous ces animaux réels identifiables malgré quelques fantaisies, se trouvent probablement les perruches à collier.
Ce sont des oiseaux au corps élancé d’une trentaine de centimètres, de couleur dominante vert vif, avec de longues plumes de queue. Le bec, au profil arrondi est fort et orange. Le tour de l’oeil est également rouge orangé. Les pattes sont gris clair. Seuls les mâles adultes portent le collier qui vaut à l’espèce son nom vernaculaire ; il est noir sur la gorge et éventuellement rouge orangé sur la nuque (img 1).


La silhouette à elle seule est reconnaissable. Si l’on ajoute le vert vif du plumage et le bec rouge orangé à la forme typique des psittacidés, il y a peu d’oiseaux qui peuvent correspondre.
A l’heure actuelle, la perruche à collier Psittacula krameri bien qu’originaire d’Asie et d’Afrique, est présente en Europe en liberté. Certains l’accusent d’être une espèce invasive et nuisible depuis les années 1960. Mais en feuilletant les manuscrits médiévaux, on s’aperçoit que ce qui pourrait être cet oiseau est représenté régulièrement (quoi qu’imparfaitement) aussi bien domestiqué que libre.
Wikipedia cite une mosaïque romaine du III°s. à Cologne (img 2) mais le manuscrit le plus ancien dans lequel j’ai repéré une silhouette vert vif, à longue queue, avec un bec crochu orange date du XII°s (img 3).

Au XIII°s. et XIV°s, elles sont présentes mais plus rares. Dans les manuscrits du XV°s, elles sont communes.
Elles sont représentées dans les marges ou les décors naturels comme les autres oiseaux « du ciel » et « des jardins ». Je n’en ai pas repéré figurées en cage.
A noter : ces oiseaux verts à la silhouette de perruche à collier, au bec orangé portent (ou non) un collier uni orangé et ont des pattes assorties. Aucune espèce de perroquet ou perruche au plumage vert vif (presque) uni n’a les pattes orange, mais c’est une constante de voir le collier, le bec et les pattes de la même couleur orangée dans les manuscrits et peintures.



Dans une « encyclopédie » du XIII°s. qui décrit un perroquet avec les pattes et le bec rouges, il se peut que ce soit une perruche à collier qui soit dessinée (et même décrite) (img 7).




L’enlumineur Gioacchino di Giovanni est connu pour utiliser souvent un perroquet vert dans ses illustrations (img 11).


D’autres représentations malheureusement dans des manuscrits de la British Library, qui ne s’est toujours pas remise de son attaque web d’octobre 2023 :
– MS ADD 50004, f80r + f67r
– MS ADD 49622 (Psautier de Gorleston), f036r, f058v, f060r, f085r, f101v, f118v, f131r, f135v