Il y a une particularité aisément repérable sur des ceintures masculines nouées du début du XII°s : elles présentent un renfort lombaire, le plus souvent en forme de disque.
Il paraît que cette singularité a fait l’objet d’un article dans un mensuel de vulgarisation, mais je ne l’ai jamais lu et j’ignore les hypothèses proposées. Nous ne ferons pas d’hypothèse ici, il semblerait qu’il s’agisse simplement d’une mode comme il en existe tant.
Les premières illustrations de cette mode date des alentours de 1110. La ceinture est nouée sur l’abdomen, les deux lanières pendent devant, la partie dorsale est couverte par un disque qui ne semble pas très grand.
Des ceintures, à boucle, en cuir, épaisses et rigides, parfois plus larges dans le dos que sur l’abdomen (mais pas systématiquement) sont utilisées dès le XIX°s. par les hercules de foire à la fois pour impressionner le public et à la fois pour maintenir leur colonne vertébrale. Elles sont appelées ceintures « de force » et sont toujours en usage dans l’haltérophilie au XXI°s (elle ne doivent pas dépasser 12cm de hauteur).
Non seulement les ceintures « de force » sont en matériau rigide (cuir épais, nylon rigide), mais elles ne sont pas nouées, n’ont pas de pan. Il est donc inapproprié de comparer les ceintures irrégulières du début du XII°s., colorées, souples et nouées, à celles des haltérophiles du XX°s. Nous n’utiliserons pas ce surnom ici (mais vous le trouverez ailleurs, raison pour laquelle il a été mentionné).
Pour le cas qui nous intéresse ici, la ceinture, les pans et le disque sont de de la même couleur, le disque est légèrement en relief. Parfois, ce coussinet se laisse deviner sur les flancs par un élargissement de la ceinture qui est habituellement figurée fine et rectiligne.
Dans de très rares cas, le disque est porté devant et non derrière. Le porteur est-il distrait ? La pose est-elle acrobatique et le dessinateur s’est-il trompé ?
Cette mode n’est pas très longtemps repérable dans les peintures. La fenêtre chronologique semble couvrir le premier tiers du siècle, peut-être la première moitié. Elle semble toutefois se prolonger tard dans le siècle sur certains modèles iconographiques sculptés, comme la lutte « Samson et le lion » ; mais peut-être ne s’agit-il alors que de respecter scrupuleusement un modèle précis et codifié, ou simplement une inspiration rencontrée par un sculpteur itinérant.
J’ai ajouté certaines ceintures présentant un élargissement dans le dos sans toutefois être un disque. Elles restent nouées sur le devant, avec deux pans tombants.
Disque visible
Image 1 – Ceinture bleue sur le tortionnaire de gauche. New York, Morgan Library, Life of st Edmund, MS M736, f13v. Angleterre. Ca 1130. Photo Morgan LibraryImage 2 – Dijon. Bibliothèque municipale, Moralia in Job, ms. 0173, f. 066. Abbaye de Cîteaux. Ca. 1101 – 1133. Photo Biblissima.Image 3 – Saint-Quentin, Bibliothèque municipale, Basilique Saint-Quentin 1, p29. Saint-Quentin ? Picardie ? . Ca 1090-1110. Photo BiblissimaImage 4 – Le disque est passé sur l’abdomen. Saint-Quentin, Bibliothèque municipale, Basilique Saint-Quentin 1, p34. Saint-Quentin ? Picardie ? . Ca 1090-1110. Photo Biblissima Image 5 – Le disque est passé sur l’abdomen. Saint-Quentin, Bibliothèque municipale, Basilique Saint-Quentin 1, p34. Saint-Quentin ? Picardie ? Ca 1090-1110. Photo Biblissima Image 6 – Saint Parize le Chatel, crypte de l’église saint Patrice, cuisinier vu de dos. Vers 1110-1113. Photo SangVain pour Wikimédia Commons. Autre vue du cuisinier : POPImage 7 – Chapiteau dans Eglise Notre-Dame de l’Assomption à Thiviers (Dordogne). La photo n’est plus en ligne (elle venait de flickr). Ces chapiteaux sont évalués « XII°s.« Image 8 – Fonts baptismaux de l’église Saint-Sauveur à Dinan. évalué 1ère moitié ou fin XII°s. Photo PopImage 9 – Samson et le lion, chapiteau de l’église de La Brède. Pas de précision, seulement « XII°s ». Photo Lysiane Gauthier, Musée d’AquitaineImage 10 – Brives. Collégiale saint Martin. Cul de lampe. Pas de détail. Réemploi de décor antérieur au XIII°s. Photo Gérard d’AlboyImage 11 – Nicodème ôtant le clou de la main gauche du Christ.
Joseph d’Arimathie, qui retient la chute du corps de Jésus semble avoir la même ceinture. Cathédrale d’Oloron Ste Marie, Portail ouest. mi XII°s. Photo Petrus.AgricolaImages 12 – Descente de la croix. Lascaux, église saint Pierre, chapiteau. La datation n’est pas précise : XII°s. sur POP. Photo sur Facebook. Une photo sous un autre angle, qui montre bien le disque existe sur instagram (mais je refuse d’aiguiller vers instagram).
Disque probable
Image 13 – On distingue un élargissement vers le dos. Dijon. Bibliothèque municipale, Bible d’Etienne Harding Ms. 14, f44v. Abbaye de Cîteaux. Ca 1109-1111 Photo BiblissimaImage 14 – On ne voit évidemment pas le dos, mais on distingue un élargissement à partir des flancs, et l’ouvrage montre des ceintures à disque. Morgan Library, Life of saint Edmund, MS M.736 fol. 41v. Angleterre. Ca 1130. Photo Morgan LibraryImages 15 – Arles, Saint Trophime, façade, droite. Samson et le lion. Vers 1160-1180. Photo POP. Voir aussi POPImage 16 – Dijon. Bibliothèque municipale, Moralia in Job, ms. 0168, f. 004v. Abbaye de Cîteaux. Ca. 1111. Photo Biblissima
Elargissement dans le dos
Images 17 – Église Notre-Dame-de-l’Assomption à Anzy-le-Duc. Début du XII°s. Photo Bob Harris. Voir aussi cette photo FacebookImages 18 – Église Notre-Dame-de-l’Assomption à Anzy-le-Duc. Début du XII°s. Photo Flickr. Photo Bob HarrisImages 19 – Église Notre-Dame-de-l’Assomption à Anzy-le-Duc. Début du XII°s. Photo Flickr. Photo Holly HayesImages 20 – Un des quatre chapiteaux romans de l’église de Saujon. Photo Fredérique Panassacpanassac. Vers 1110-1130 Voir aussi POP Image 20 – Londres, British Library, Royal 1 C VII f. 92 David. 2ème quart XII°s. Photo British Library