Couper les cheveux en quatre

En « reconstitution », l’important est  de reproduire les aspects matériels de façon homogène.
C’est à dire qu’un accessoire ou un vêtement devra avoir du sens.
L’exercice est d’employer des vêtements et des accessoires cohérents. Il n’est pas question de modifier le porteur des vêtements et accessoires. Le support est forcément moderne, avec ses habitudes modernes, son physique moderne : ses dents sont soignées, voire appareillées, sa vue est corrigée, son audition également, il peut porter des semelles orthopédiques. Il n’est pas question de renoncer à cet appareillage moderne.

Les ornements vestimentaires choisis doivent être cohérents, mais tout ce qui fait partie de l’individu moderne peut (et doit !) rester moderne : chacun saura faire la part des choses en voyant une aide auditive ou un appareil dentaire.

Il n’est pas non plus question de les déguiser.

Quid des lunettes ?

L’appareillage optique moderne est assimilable aux prothèses auditives ou aux bagues de dents. S’il est indispensable au porteur, il n’y a pas lieu de le cacher. Le plus honnête, pour ceux qui ne peuvent pas s’en passer, reste le port de lunettes à montures discrètes car il est bien pire de donner à des lunettes modernes un faux aspect de clouants.

 

Cela montre qu’on s’est bien mal renseigné et qu’on ne connaît rien à ce que l’ont fait, car cela donne à croire que les lunettes existaient pour tous types de correction, avec un port permanent.

Or les clouants n’ont corrigé (et seulement à partir de la fin du XIIIème siècle) que la vue de près. Et uniquement pour un port occasionnel : il n’existe pas de dispositif les fixant au visage ; on les tient pour lire, il n’y a pas de branche sur les oreilles ni de ficelle moche. 
Il n’y a rien de plus ridicule, car totalement non historique et totalement faux, que des clouants avec des ficelles autour des oreilles. C’est aussi stupide que camoufler une bouteille d’eau en plastique dans une housse en lin au lieu d’utiliser un pichet.

 

Quid des modes capillaires ? 

La reconstitution historique, en dehors des 1000 ans médiévaux, est exigeante et la mode à copier inclue les poils : barbe et cheveux. Moustache ridicule, rouflaquettes, bouc, bouclettes, frange, catogan, tout compte selon les périodes.

Seule la reconstit’med’ est extrêmement tolérante envers les hommes et très pénible envers les femmes.

Ainsi, toutes périodes confondues, ces messieurs ont-ils le droit d’arborer la coupe de cheveux qui les arrange dans la vie moderne sans qu’il ne leur soit tenu aucun grief. Ils s’arrogent le droit de porter des cheveux très (trop!) courts apparents alors que la mode de leur période est au long (« hé ! je suis militaire, j’ai une coupe réglementaire à respecter tous les jours, et  puis je ne supporte pas ce stupide bonnet que vous appelez cale », ça tient trop chaud « ), ils s’arrogent le droit de porter bouc ou barbichette façonnée alors que la mode est soit à l’imberbe soit à la barbe nature (« hé, ça prend du temps à obtenir, je ne vais pas tout raser pour un week-end ! »). N’oublions pas non plus le cas de ceux qui ne portent pas la tonsure malgré leur choix de se vêtir en moine, en scribe ou en clerc (« ça ne va  pas, non ? je ne vais pas me faire une fausse calvitie pour un week-end ! »).

Les mêmes sont prompts à exiger que leurs compagnes cachent leurs cheveux courts (et là, pas question d’argumenter « je ne supporte pas ce voile qui me transforme en mousmée islamique »  ni « ça tient trop chaud »), ou réclament le camouflage pour des couleurs non naturelles. Alors que les femmes médiévales, toutes périodes confondues, toutes classes confondues, tous statuts confondus, n’ont pas du tout obligation de se couvrir la tête en toutes circonstances. La convention n’existe (et encore !) que dans la rue. Et encore n’est-ce peut-être qu’une façon de montrer la richesse du foyer en arborant des couvrechefs de fine étoffe.

Alors quoi ? Celles qui portent les cheveux courts (parce qu’au quotidien, c’est bien plus pratique et aussi plus esthétique, selon leur choix) doivent-elles se résigner à porter des perruques à cheveux longs (qui sont des accessoires totalement modernes et aussi ridicules que des clouants à ficelle) ou à s’emballer la tête dans des chiffons, tandis que ces messieurs vivent confortablement leur petite vie sans la contrainte du bonnet (omniprésent de mi-XIIème à fin XVème) et conservent leur petite barbichette moderne ? Les postiches ont existé, pour des coiffures particulières mais ils ne sont que des renforts pour cheveux mi-longs ou trop rares (et attention à la matière : pas de synthétique…).

Suivre la mode des poils, c’est pour tous ou pour personne !

 

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