L’écharpe et le bourdon

De quoi s’agit-il ?

Le bourdon est un bâton de marche à bout ferré. Il se dit que ce renfort le destine non seulement à assurer la marche du porteur en accrochant bien le terrain, mais aussi à assurer sa défense contre des chiens errants ou des bandits, voire des loups.

L’écharpe ou escherpe ou escrepe  est un petit sac porté exclusivement en bandoulière (c’est à dire en travers du torse, et non pendu directement à l’épaule), ce qui est le plus pratique sur de longues distances pour un bagage léger. 

D’après l’entrée « écharpe » du dictionnaire CNRTL[01]https://www.cnrtl.fr/definition/%C3%A9charpe, ce sac particulier (petit et en bandoulière) est appelé escharpe dans la chanson de geste « Le couronnement de Louis » écrite ca. 1131 (au vers 1454)[02]« En mi sa veie encontre un pèlerin,
L’escharpe al col, el poing le fust fraisnin
Onc ne vetstes tant gaillart pèlerin
Blanche ot la barbe tome flor en avril »
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k832w/f68.image.r=escharpe
.

Dans le Roman de Renart, c’est une escrepe[03]« Et s’il prend escrepe et bordon (« besace et bâton », branche VIII, 166) pour se faire pèlerin », https://books.openedition.org/pur/12148?lang=fr.

Le pèlerin de Guillaume de Digulleville reçoit une escherpe appelée Foi [04]vers 272 , vue 33,  Le Pèlerinage de Vie Humaine.

Le DMF[05]http://micmap.org/dicfro/search/dictionnaire-godefroy/escharpe fournit d’autres exemples et des dictionnaires anglo-saxons[06]https://www.anglo-norman.net/entry/escripe mentionnent scrip, scrippa, escripe comme sac (purse, wallet, satchel) associé au bourdon, et donc caractéristique du pèlerin. La British Library utilise scrip dans les cartels des manuscrits qu’elle commente.

C’est peut-être la façon précise de porter ce sac (escrepe, scrippa, scrip…) en travers du torse  qui a donné son sens à l’ « écharpe » connue actuellement.

On trouvera initialement pera (issu du grec), scarcella en Italie, sporta en Provence, ou encore ailleurs capsella. Certains, de nos jours, appellent ce sac une panetière[07]pour en apprendre plus, je vous conseille  2007, Jacomet (Humbert), « “Vovere in pera et baculo”. Le pèlerin et ses attributs aux XIe et XIIe siècles », dans Pellegrinaggi e Santuari di San Michele nell’Occidente Medievale, dir. G. Casiraghi, G. Sergi, Bari, Edipuglia, 2007 (Biblioteca Michaelica, n° 2), pp. 477‑543. ISBN : 88-7228-561-5.
Un article antérieur du même auteur est moins précis et moins complet : Humbert Jacomet, 1990, « Le bourdon, la besace, et la coquille », Archéologia, no 258 (Juin 1990), pp. 42‑51 
.

Ce sac consacré est distinct de la bourse ou de l’aumônière, qu’il peut contenir (Chanson d’Aiol, Roman d’Aubery [08]p 541  in 2007, Jacomet (Humbert), « “Vovere in pera et baculo”. Le pèlerin et ses attributs aux XIe et XIIe siècles », dans Pellegrinaggi e Santuari di San Michele nell’Occidente Medievale, dir. G. Casiraghi, G. Sergi, Bari, Edipuglia, 2007 (Biblioteca Michaelica, n° 2), pp. 477‑543. ISBN : 88-7228-561-5. ). Il est également distinct du bagage : « saccum et peram » [09]p. 505 in 2007, Jacomet (Humbert), « “Vovere in pera et baculo”. Le pèlerin et ses attributs aux XIe et XIIe siècles », dans Pellegrinaggi e Santuari di San Michele nell’Occidente Medievale, dir. G. Casiraghi, G. Sergi, Bari, Edipuglia, 2007 (Biblioteca Michaelica, n° 2), pp. 477‑543. ISBN : 88-7228-561-5..

Le bourdon, aussi appelé baculus, fustis (fût), bordon ne sera pas oublié mais il y a moins à déduire : c’est un bâton de marche en bois, droit et solide, ferré à un bout, doté ou non d’un pommeau et de globes additionnels ; aucune représentation ne pourra aider à déterminer l’essence utilisée[10]celui de la tombe de Robert Sutton était en frêne. cf. § « mobilier de fouilles ». Sa hauteur atteint le plus souvent l’épaule du porteur, dépasse parfois le haut de son oreille. Ce bâton est donc généralement assez grand mais le plus souvent plus petit que le porteur. Le globe supérieur permet de s’appuyer dessus confortablement lors d’une halte, et celui qui est immédiatement dessous retient la main sur la poignée et l’empêche de glisser vers le bas lors de la marche. On peut oublier la légende urbaine justifiant la présence de trois globes comme représentant la sainte trinité[11]cela n’a pas plus de sens que parler de « points de trinité » à propos du motif à trois petits points signalant une décoration sans la reproduire fidèlement (https://mediaephile.fr/les-motifs-sur-les-vetements-dans-peintures-miniatures/) puisque la plupart des bâtons ont entre zéro et deux globes. L’hypothèse la plus probable pour la présence de trois globes est de former deux poignées à deux hauteurs différentes pour des raisons de confort de préhension et d’aide à la marche dans des conditions différentes (montées, descentes…).

Qui les porte, dans quel but  ?

Le bâton de marche et le sac en bandoulière sur un même porteur permettent d’identifier le pèlerin depuis au moins le XI° siècle.  Notons que le pèlerin est parfois appelé paumier (venant de la « palme », rapportée de Terre Sainte).

Ces deux objets reçoivent la bénédiction d’un prêtre avant le départ du pèlerin (img. XV.17), cette bénédiction étant décrite dans les manuels liturgiques et se pratique depuis au moins le XI° siècle et probablement même avant.[12]Jacomet (Humbert), « “Vovere in pera et baculo”. Le pèlerin et ses attributs aux XIe et XIIe siècles ».

Depuis Charlemagne[13]note 32, page 488 in 2007, Jacomet (Humbert), « “Vovere in pera et baculo”. Le pèlerin et ses attributs aux XIe et XIIe siècles », dans Pellegrinaggi e Santuari di San Michele nell’Occidente Medievale, dir. G. Casiraghi, G. Sergi, Bari, Edipuglia, 2007 (Biblioteca Michaelica, n° 2), pp. 477‑543. ISBN : 88-7228-561-5. , les pèlerins identifiables sont protégés, exemptés de certaines taxes, aidés et respectés. Ce qui attire forcément la convoitise et l’imitation[14] https://www.academia.edu/27214297/Vovere_in_pera_et_baculo_le_p%C3%A8lerin_et_ses_attributs_aux_XIe_et_XIIe_si%C3%A8cles .

On repère plus facilement ces deux objets sur les scènes représentant Jésus ressuscité sur la route d’Emmaüs ou Saint Jacques le Majeur. Egalement dans les Decretum Gratiani, à la clause 34 (il est question, à la base, de maris retenus en captivité, mais apparemment le cas de pèlerin absent longtemps serait similaire : « pèlerin réclamant au juge sa femme remariée en son absence »). 

Les femmes sont autant concernées que les hommes, même si comme toujours, elles sont moins représentées.

Le sac et le bâton, typiques des pèlerins, sont parfois attribués à des voyageurs ou des mendiants (errants car pauvres ou pauvres car errants ?), dans le but d’indiquer à l’observateur l’idée du déplacement lointain (ou continu) associés aux pèlerins.  On ne voit pas ce petit sac en bandoulière en d’autres circonstances. Ce serait une grossière erreur que l’assimiler à un moderne fourre-tout que tout un chacun aurait promené toute la journée une fois sorti de chez soi.

A partir de 1330, les illustrations des poèmes de Guillaume de Digulleville (notamment Le Pèlerinage de la Vie Humaine) représentent systématiquement un pèlerin qui, à ce titre, sera figuré avec son bâton et son sac. Il faudra toutefois faire attention à ces deux attributs que le poème décrit longuement. Le bâton, appelé Espérance, est garni d’un miroir dans son pommeau et d’une escarboucle en dessous. L’écharpe, appelée Foi est belle, de soie verte, pendue à une lanière de même et décorée de douze clochettes d’argent[15]https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k111233g/f128.image.r=clochete page 105, vers 3370-3380portant chacune des inscriptions sur leur émail (toutes sont décrites dans le poème). Ces nombreux manuscrits (Le Pèlerinage de la vie humaine est un best-seller durant plus d’un siècle) nous informeraient peu sur les écharpes en général si les illustrations respectaient bien le texte, mais ce n’est pas toujours le cas : l’écharpe Foi n’est pas toujours verte et ne porte pas toujours douze clochettes ; on peut alors envisager qu’il s’agit d’écharpe quelconque et en profiter pour observer sa forme. C’est pourquoi il y en aura une sélection dans ce billet.

 

A propos du sac

Taille :
Ce sac typique des pèlerins est de taille relativement modeste. Lorsqu’il est un point crucial de compréhension de la scène, il arrive que sa taille soit disproportionnée, mais en moyenne, il est à peu près de la taille du visage de son porteur.

Matériau :
Une interprétation moderne du sermon Veneranda dies du  Codex Calixtinus (Livre I, Chapitre XVII)  nous apprend que le rédacteur prescrivait pour sa confection l’emploi de peau d’animal[16]A. Rucquoi dit « cuir d’animal », mais cette précision n’a pas trop de sens et doit relever d’une mauvaise traduction (cuir ? peau chamoisée ?) et un faible volume :

Un siècle plus tard[que 1038], le sermon Veneranda dies du Codex Calixtinus insiste lui aussi sur le sens spirituel de ces deux éléments : la besace  est étroite car le pèlerin doit placer en Dieu sa confiance et non en lui-même, elle est en cuir d’animal pour rappeler à l’homme qu’il doit mortifier sa chair et elle est ouverte car le pèlerin doit partager ses biens avec les pauvres et être prêt à donner et à recevoir. Le bourdon, qui sert à se défendre des loups, symbolise quant à lui la lutte contre le démon qui « aboie sur l’homme quand ses aboiements le poussent à pécher, [et qui] mord comme le loup quand il entraîne ses membres vers le péché »  Adeline Rucquoi, « Mille fois à Compostelle ». Paris Paris : les Belles lettres, 2014, p. 47

Il s’agit d’une traduction, et l’original n’est pas cité par Rucquoi.[17]La seule traduction en français moderne disponible figure dans l’ouvrage de Bernard Gicquel et Denise Péricard-Méa,  « La Légende de Compostelle : le Livre de saint Jacques », Paris, ed. Tallandier, 2003 – ISBN-10 ‏ : ‎ 2847340297 . Assez difficile à trouver à prix abordable, je ne l’ai pas.

Ne perdons pas de vue qu’il s’agit d’un sermon et que le but d’un sermon est d’appeler à un sursaut de spiritualité : le fait que le texte estime nécessaire de  préciser des détails signifie peut-être qu’ils ne vont pas de soi et/ou qu’ils ne sont pas suivis avec autant d’empressement que l’escompte l’auteur.

Humbert Jacomet[18]note 234 page 541 in 2007, Jacomet (Humbert), « “Vovere in pera et baculo”. Le pèlerin et ses attributs aux XIe et XIIe siècles », dans Pellegrinaggi e Santuari di San Michele nell’Occidente Medievale, dir. G. Casiraghi, G. Sergi, Bari, Edipuglia, 2007 (Biblioteca Michaelica, n° 2), pp. 477‑543. ISBN : 88-7228-561-5. cite une énumération d’objets en vente (à destination des pèlerins ?) sur le parvis de la cathédrale de Compostelle donnée par l’auteur du Codex Calixtinus dans le Livre V [19]improprement appelé Guide du pèlerin de saint Jacques de Compostelle, à la suite de la publication d’une traduction du livre V par Jeanne Vielliard. Le « livre V » n’utilise pas ce terme dans son texte, qui mentionne des «pere cervine », c’est à dire des sacs (pere) en peau de cerf (cervine).

Jeanne Vielliard, dans une note de bas de page expliquant la traduction « besace en peau de cerf » cite Emile Mâle [20]Jeanne Vielliard, Le Guide du Pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle, Paris, Librairie Philosophique J. Vrin, 1990, page 97, note 6 :  « Ce sont les « panetières », avec lesquelles on représente les pèlerins ».
Je vois ici une contradiction.
D’une part, il existe de nombreuses descriptions dans les manuels de liturgie, de la bénédiction du sac et du bourdon pour le départ du pèlerin.
D’autre part, un commentateur suggère que le pèlerin pourrait se procurer un « sac de pèlerin » (pere) sur place.
De nombreuses questions viennent : pourquoi acheter un sac de pèlerin à l’arrivée alors qu’on en a fait bénir un lors du départ ? Que devient le sac du départ ? Le pèlerin nage en pleine superstition : prendrait-il le risque moral d’abandonner un objet sacralisé par une bénédiction ? Devrait-il faire bénir le nouveau sac pour son retour ? La bénédiction s’hérite-t-elle d’un sac sur l’autre ? La bénédiction ne vaut elle que pour l’aller ? Un retour chez soi mérite-t-il une bénédiction ? Est-ce prévu dans les manuels liturgiques (spoiler : non) ?

Si des sacs en peau de cerf sont vendus sur le parvis de la Cathédrale de Compostelle, je pense qu’il relèveraient plus du « souvenir » ou de la « preuve » à rapporter de Compostelle, ou d’un simple usage pratique, plutôt que d’une injonction à en disposer dès le départ.

Bref, je me dis que justifier la nature du sac de pèlerin dès son départ par la description d’un « souvenir » disponible à l’arrivée est un raccourci hasardeux. Surtout en se basant sur une recommandation unique, qu’on ne retrouve pas ailleurs. Ne perdons pas de vue non plus que le Codex Calixtinus n’a pas exactement été un best-seller. Il n’en existe pas d’autre exemplaires, il n’a pas été recopié ni diffusé, il est même resté de diffusion très confidentielle, oublié dans une bibliothèque de cathédrale et remis au goût du jour seulement assez récemment [21]voir une analyse du manuscrit : https://fr.wikipedia.org/wiki/Codex_Calixtinus.

En observant les représentations de cette écharpe sur des pèlerins avérés (ce qui exclue les représentations de voyageurs et d’autres errants), il est difficile de reconnaître la totalité de la description que A. Rucquoi attribue au Codex Calixtinus (et que H. Jacomet ne reproduit pas). Ces objets étaient-ils assez communs et répandus pour qu’un peintre, capable en les dessinant de rendre les oiseaux familiers parfaitement identifiables (mésanges, pies, chardonnerets, alouettes, troglodyte mignon…), sache dessiner cet accessoire typique de façon aussi fiable qu’il représente des souliers ou des escarcelles de hanche ?

Certes ce sac est représenté petit (de la taille d’un visage) mais il est généralement doté d’un rabat : comment comprendre alors la recommandation du sermon « elle est ouverte » si un rabat le ferme ? Mais que signifie « ouvert » dans l’esprit du sermonneur ? Non verrouillé (par une boucle, un lien) ?

Quant à la recommandation « en peau d’animal »[22]le cuir est toujours de la peau d’animal, mais la peau d’animal n’est pas toujours du cuir : https://lapeaulogie.fr/article/cuir-reinvention-medievale/ , les couleurs les plus souvent utilisées avant la mi-XIV° s. ne plaident pas forcément en la faveur de la peau tannée (cuir).

Notons en parallèle que les chaussures, les bottes, les bottines et les escarcelles de hanche apparaissant dès le XIV° siècle sont toujours représentées de couleur foncée, le plus souvent noire, parfois marron, plus rarement fauve, très exceptionnellement d’autres couleurs (attention toutefois à ne pas les confondre avec les chausses à semelles, appelées chaussembles). La matière de ces accessoires est connue par ailleurs (mobilier de fouilles, factures…) : il s’agit de cuir.

Couleur :
L’écharpe n’est qu’exceptionnellement représentée colorée (colorée : ni blanc, ni gris, ni beige) avant la seconde moitié du XIVème siècle. Parfois, la couleur semble plutôt relever d’un choix esthétique (img. img. XIII.1, XIII.2) pour l’illustration (on retrouve dans le même ouvrage (img. XIII.1) un bissac orange, ce qui est également fort peu probable).

Remarque

Etant bien plus familiarisée avec les bibliothèques numérises françaises et anglaises, mes exemples en viendront principalement. Il y aura donc bien plus d’illustrations provenant de manuscrits originaires de France, d’Angleterre que de manuscrits allemands (par exemple). J’insiste sur ce point parce qu’au vu de quelques exemples typiquement d’influence germanique, il semblerait que les choses puissent être un peu différentes dans cette autre zone d’influence (Autriche, Allemagne, Tchéquie et même une partie de la Suisse, voire également Scandinavie).

 

XII° siècle

 

Ce sont précisément les bâtons et les petits sacs en bandoulière qui nous permettent de mieux comprendre la fresque de Saint Gilles du Loroux-Bottereau : un souverain (il est couronné) s’est déplacé, humblement, pour implorer l’ermite Saint Gilles devant lequel il est agenouillé ; sa suite l’a accompagné en vêtements de voyage, dans ce pèlerinage (img. XII.1) et porte bourdon et sac en bandoulière.

Couleur
La peinture murale est assez dégradée et on ne voit pas les pieds des pèlerins venus à la rencontre de Saint Gilles. On ignore de quelle couleur le peintre aurait choisi de les figurer s’ils étaient chaussés (img. XII.1). Saint Jacques le majeur (img. XII.2) est pieds nus: nous ignorons également quelle couleur serait privilégiée par le peintre pour signifier du cuir mais la pochette est marron clair.

Forme
Les sacs sont de forme carrée, éventuellement légèrement déformé en trapèze, à angles bien vifs.

Rabat
Il n’est pas possible de déterminer s’il y a un rabat sur certains sacs (img. XII.1, XII.2) mais il est présent sur d’autres (img. XII.3).

Décoration
Les écharpes sont assez bien visibles et pour les moins endommagées, décorées par appliques (ou peinture ? ou broderie ?) (img. XII.1). Il y a une croix en enseigne ou en applique sur Saint Jacques (img XII.2) et sur les pèlerins d’Autun (img. XII.3).

Bourdon
Bien que les bourdons soient présents, il est difficile de déterminer la forme du pommeau.
La ferrure est visible avec Saint Jacques le Majeur (img. XII.2).

 

Image XII.1 – Fresques dites de Saint Gilles au Loroux-Bottereau. En plus des escrèpes, noter l’encolure boutonnée, à gauche. Vers 1170-1180. Photo wikipédia
Image XII.2 – Pèlerin. Paris, BNF, NAL 214, f. 153v. vers 1151. France (Limousin). Photo Mandragore
Image XII.3 – Linteau du tympan de la cathédrale Saint Lazare d’Autun. Deux pèlerins ressuscitant : un « jaquiet » avec la coquille et un « paulmier » avec la croix des croisés [23]note 8 page 883 Humbert Jacomet L’image de Saint Jacques en France (XIIe – XIXe siècle) . Les sacs sont disproportionnés. Les bâtons étaient tenus sur l’épaule. Vers 1130-1140. Gislebertus.  Photo cathedraledautun

 

Image XII.4 – Pélerin d’Emmaüs. Plaque d’ivoire. Vers 115-1120. Léon. Photo MET
Image XII.5 – Saint Jacques le Majeur. Eglise Santa Marta de Tera, Zamora. Photo arteguias.com

 

XIII° siècle

 

Couleur
Jésus (toujours) et Saint Jacques le Majeurs (souvent) sont pieds nus (img. XIII.1, XIII.16) mais les pèlerins d’Emmaüs sont chaussés de noir (img.XIII.1), les écharpes visibles sont colorées (orange et beige orangé comme la tunique voisine img. XIII.1) donc a priori d’un matériau différent des souliers selon le peintre (img. XIII.1, XIII.2, XIII.3, XIII.5, XIII.7, XIII.12, XIII.13, XIII.22).

Quelques sacs seulement sont à coup sûr de la même couleur que les souliers du porteur (img. XIII.10,  XIII.11, XIII.17, XIII.20) donc potentiellement en cuir.

La possibilité du cuir existe mais le fait est loin d’être systématique.

Forme
La plupart des sacs sont de forme carrée, parfois légèrement déformée en trapèze. Trois seulement (img. XIII.6, XIII.15, XIII.16) ont une forme rappelant celle des aumônières ou des sachets reliquaires (un carré fermé par un lien coulissant en haut, transformant le sachet fermé en trapèze presque triangulaire).
Un présente une pointe centrale sur une base carrée (img. XIII.13), les trois angles semblent porter des décorations (houppes, boutons…).
La forme carrée prédomine, et tous les angles en bas sont vifs, aucun sac de pèlerin du XIII° ici ne montre un fond arrondi en demi cercle.

Rabat
Les rabats sont nettement visibles sauf sur quelques cas très décorés (img. XIII.2, XIII.3) et d’autres simples (img. XIII.19).
Si l’on considère le rabat comme une fermeture, alors l’immense majorité des écharpes n’est pas ouverte, à l’inverse de ce que préconise le Codex Calixtinus.
Si l’on considère qu’il faut un lien ou un bouton ou une boucle à ardillon, alors seuls les sacs des images XIII.9, XIII.15 et XIII.16 peuvent laisser croire à une sorte de verrouillage du rabat. Sur Saint Jacques (img. XIII.4), cela semble une décoration ; un doute (bouton-fermoir ou bouton-décoration ?) subsiste pour Elimek et Naomi (img. XIII.5 et XIII.7) mais ils ne sont pas de « véritables » pèlerins.

Décoration
Certains sacs présentent une (ou plusieurs) coquille Saint-Jacques posée en applique (img. XIII.5, XIII.10, XIII.13, XIII.19). Pour les pèlerins lambda, cette coquille peut être une valve de coquillage ou bien un insigne en plomb. Notons que même l’ancêtre de Jésus, Elimelek, est doté d’une coquille indiquant un sac à usage de pèlerinage (img. XIII.5), probablement dans le but d’identifier son sac comme une écharpe et donc indiquer que la personne est engagée dans un voyage à destination lointaine.
D’autres sont décorés de façon profane (img. XIII.2, XIII.3 : il s’agit des ancêtres de Jésus partant en exil).

La plupart des sacs présentent également des décorations aux angles ou sur le fond (houppes, grelots, pampilles, boutons ?) (img. XIII.5, XIII.6, XIII.8, XIII.10, XIII.13 à XIII.16, XIII.22), qui rappellent celles des aumônières et des sachets reliquaires fermant par un lien coulissant.

Bourdon
Concernant les bourdons représentés, le nombre de pommeaux visibles va de zéro à deux.
– pas de boule terminale en pommeau (ou non visible) : cela concerne Elimelek (XIII.5 et XIII.7), qui encore une fois n’est pas stricto sensu en pèlerinage. Faut-il y voir un simple bâton de marche ? Y avait-il une différence entre les bâtons de marche et les bourdons ?
– deux boules encadrant la main (img. XIII.10, XIII.19, peut-être XIII.17)
– une boule ou une décoration : sur les autres illustrations de cette section.

La pointe ferrée est parfois bien visible (img. XIII.1, XIII.3, XIII10, XIII.12, XIII.19).

Image XIII.1 – Jésus et les disciples d’Emmaüs. BSB Clm 835, page 60. XIII° .s Q1. Oxford. Photo BSB
Image XIII.2 – Elimelek partant en exil avec Naomi et leurs fils. Il ne s’agit pas de pèlerins stricto sensu, mais l’écharpe et le bourdon permettent d’indiquer la notion de déplacement lointain. Paris, Bib. Mazarine, ms 36, f. 124r. XIII-Q2. Photo IRHT

 

Image XIII.3 – Elimelek partant en exil avec  Noami et leurs fils. Il ne s’agit pas de pèlerins stricto sensu, mais l’écharpe et le bourdon permettent d’indiquer la notion de déplacement lointain. Amiens, BM21, f.97 . XIII Q1. Photo IRHT
Images XIII.4- Saint Jaques le Majeur. L’écharpe est probablement disproportionnée. Angers, BM 9, f. 260. XIII Q2. Photo IRHT
Image XIII.5 – Elimelek partant en exil. Il ne s’agit pas d’un pèlerin stricto sensu, mais l’écharpe et le bourdon permettent d’indiquer la notion de déplacement lointain. Notons la coquille Saint Jacques sur le sac, alors que du temps d’Elimelek, Jacques n’était pas connu et le pèlerinage vers son tombeau non plus. Bibl. Mazarine, ms 18 f. 72v. vers 1220-1230. Photo IRHT

 
Image XIII.6 – Saint Jacques le Majeur en pèlerin. Paris, Bibl. Sainte-Geneviève, 1187, f129. XIII°s. T1. Photo IRHT
 

Image XIII.7 – Elimelek et Naomi fuyant la Judée. Il ne s’agit pas réellement de pèlerins mais en portent les attributs pour bien signifier un long déplacement. Cambrai, ms 328 (0310), f.72v. XIII° s. Q2. Photo IRHT
Image XIII.8 – Evêque congédiant un pèlerin. France, Besançon, BM 138, f156. XIII Q2. France. Photo IRHT
Image XIII.9 – Bénédiction du pèlerin. Notons les deux liens noirs semblant indiquer une double fermeture. France, Besançon, BM 138, f157v.  XIII Q2. France. Photo IRHT
Image XIII.10 – Pèlerin. Autun, BM, S 197, f436. XIII° s. M2.  Photo IRHT
Image XIII.11 – Saint Thibaud et Gautier échangeant leurs vêtements avec les pèlerins. Paris, BNF, NAF 23686, f. 144v. XIII-m2. Photo Gallica.
Image XIII.12 – Pèlerin de retour réclamant sa femme remariée devant le juge. Autun, BM, S 099 (080), f.253. XIII° s. Q4. Photo IRHT
Image XIII.13 – Pèlerin réclamant sa femme remariée. Amiens, Decretum, BM 353, f355v. XIII Q4. Photo IRHT
Image XIII.14 – Pèlerin. Arles, BM 1, f. 537.  XIII-Q3. France. Photo IRHT

 

Image XIII.15 – Madame Marie (commanditaire du manuscrit) priant Saint Jacques le Majeur. Paris, BNF, NAF 16251, f. 66r. XIII Q4. Photo Gallica
Image XIII.16 – Jésus et les disciples d’Emmaüs. Seul l’un des deux disciples est équipé comme un pèlerin.  Les deux sont porteurs de la véritable esclavine (en tissu poilu ou en peau poilue). Paris, BNF, NAF 16251, f46r, XIII Q4. Photo Gallica

 

Image XIII.17 – Pèlerins au Saint-Sépulcre. Paris, BNF, Guillaume de Tyr, Historia, et continuation, Français 2525, f. 1r. XIII Q4. France. Photo Mandragore
Image XIII.18 – Départ des croisés. Paris, BNF, Guillaume de Tyr , Histoire des Croisades, Français 9081, f. 1r.  XIII Q2. Paris. Photo Gallica
Image XIII.19 – Départ pour la première Croisade.  Paris, BNF, Roman du Chevalier au cygne et Chanson d’Antioche, Français 12558, f. 58v. XIII Q3. France (Artois). Photo Gallica
Image XIII.20 – Pèlerin réclamant au juge sa femme remariée. Londres, BL, Decretum Gratiani, Royal 10 D VIII, f.308r. XIII M2. Paris. Photo BL
Image XIII.21 – Pèlerin réclamant au juge sa femme remariée. Londres, BL, Decretum Gratiani, Royal 11 D IX, f.334. XIII Q4. Paris. Photo BL
Image XIII.22 – Voyageurs de l’Ancien Testament. La notion de déplacement est suggérée par le sac et le bâton. Ces voyageurs sont chanceux : leurs bagages sont constitués de bissacs portés par des ânes (ou des mules). On notera les écharpes colorées. USA, NY, Morgan Library, Crusader Bible, M.638, f.15v. vers 1240. Paris. Photo ML Photo ML

 

XIV° siècle

 

Couleur
Plus de la moitié des images montrent également des souliers dans la scène (pas forcément sur le porteur du sac : en tant que saint, Jacques le Majeur – ainsi que Jésus – est souvent représenté les pieds nus) indiquant la couleur préférée par le peintre pour représenter le cuir (img. XIV4 à XIV-10, XIV.12, XIV.13). Quelques unes montrent un sac de la couleur des chaussures, suggérant que le sac et les souliers sont du même matériau (img. XIV.6, XIV.7, XIV.9, XIV.10, XIV.12). Notons que ces occurrences sont datées de la seconde partie du XIV° siècle.

Forme
La forme des sacs forme varie légèrement, le carré et le trapèze dominent, quelques uns ont la forme des aumônières (ou des sachets reliquaires) fermées par une coulisse, bien que suspendus à une longue lanière (img XIV.4, XIV.7, XIV.9).
La quasi totalité présente des angles bien marqués parfois décorés et un fond plat ou légèrement convexe.
De rares sacs présentent des angles en bas gommés ou arrondis (img XIV.3, XIV.6) et un fond vaguement concave ; l’un est de la couleur des chaussures du porteur et pourrait donc être en cuir (img. XIV.6), l’autre est brun clair mais il n’y a pas de point de comparaison. Le sac allemand (img. XIV.6) montre un dispositif de fermeture bien visible ; il est en outre vraiment disproportionné.
Aucun n’est en forme de poire.

Rabat
La majorité des sacs présente un rabat. Son absence est rare (img XIV.7, XIV.13) et peut être due à la couleur de l’écharpe (noire) qui rend les détails peut visibles.

Décoration
Certains sacs portent ce qui pourrait passer pour des enseignes en guise de décoration sur le rabat ou sur le corps du sac : une croix (img. XIV.1, XIV.5), une coquille Saint Jacques (img. XIV.5, XIV.7) ou les deux (img. XIV.3).
Et d’autres sont garnies aux angles de houppes, pampilles ou boutons (img. XIV.1, XIV.8, XIV.13) ; selon les découvertes en contexte funéraire, il pourrait également s’agir de grelots (voir le § « Mobilier de fouilles »).
La présence de nombreuses boules (ce sont bien des grelots) sur la tranche des écharpes de manuscrits de Pèlerinage de la Vie Humaine (img. XIV.5, XIV.9) relève de la fantaisie décrite précisément dans le poème.

Bourdon
Concernant les bourdons, on observe également une variabilité pour le pommeau : une boule (img. XIV.1, XIV.2, XIV.8, XIV.12), deux boules (img. XIV.4, XIV.6, XIV.7, XIV.11) et même trois boules (img. XIV.5 et XIV.9) mais il s’agit du Pèlerin de la Vie Humaine et cela pourrait relever de la description d’Espérance, son bâton qui possède un miroir dans le pommeau et une escarboucle supplémentaire.

 

Image XIV.1 – Singe pèlerin. Verdun, BM, 107, f. 093v. Vers 1302-1305. Photo IRHT
Image XIV.2- Saint Jacques le Majeur en pèlerin . Toulouse, BM, 0015, f279. XIV° s. M1. Photo IRHT

 
 
Image XIV.3 – Saint Jacques le Majeur. Le rabat est fermé par un bouton.  Londres, BL, Royal 18 D VIII f. 155. XIV° s. Q2. Photo BL
 

Image XIV.4 – Saint Jacques le Majeur. Londres, BL, Royal 16 G VI f. 165r. after 1332, before 1350. Photo British Library
Image XIV.5 – Pèlerinage de vie humaine. Echarpe ornée de 12 clochettes, comme le précise le poème. Elle devrait être verte. Elle est montrée disproportionnée parce qu’elle (avec le bourdon) est le sujet de la scène. Aix-en-Provence, BM, 110 (0749) f70. XIV° s, M2. Photo IRHT
Image XIV.6 – Une particularité germanique que cette écharpe probablement en cuir, à angles arrondis et exagérément grande. Munich, Bayerische Staatsbibliothek, Cgm 6, fol. 190r. 1362. Photo MDZ

 

 

Image XIV.7 – Saint Jacques le Majeur en pèlerin. Paris, Bib. Mazarine, ms 168, f139r. XIV° s. M2. Photo IRHT
Image XIV.8 – Echarpe à angles biens pointus, ornés de houppes courtes et d’un bouton pour fermer le rabat. Pèlerin de retour réclamant sa femme remariée devant le juge. Tours, BM, ms 558, f. 316. Vers 1388. Photo IRHT

 

Image XIV.9 – Le pèlerin de Vie Humaine. Echarpe ornée de 12 clochettes, comme le précise le poème. Elle devrait être verte, pas noire. Paris, Bibl. Sainte-Geneviève ms 1130 (f. 001-088v), f. 012. Vers 1390. Photo IRHT
Image XIV.10 – Selon le poème, l’écharpe devrait être verte et ornée de 12 clochettes. Paris, Bibl. Mazarine ms 360 f. 347. Vers 1390. Photo IRHT

 
Image XIV.11 – Dieu remettant à son Fils le bourdon et la besace du pèlerin. Paris, Bibl. Sainte-Geneviève, 1130, f. 164. Vers 1390. Photo IRHT
 

Image XIV.12 – Legend of Mary taking revenge on the people, who troubled her pilgrim. The Hague, Gautier de Coinci, Miracles de Nostre Dame, f 122v. XIV 1327. Paris . Photo KBNL
Image XIV.13 – Loth rencontre deux anges déguisés en pèlerins. Londres, BL, ADD ms 54180, f. 136v. XIV 1295. France. Photo BL

 

XV° siècle

 

Couleur
A compter de la deuxième moitié du XIV° siècle la couleur des écharpes change un peu, et presque la moitié sont montrées noires.
A compter des alentours de 1400, les écharpes deviennent presque exclusivement noires ou brunes, et de la couleur des chaussures, ce qui suggère une utilisation de cuir.
La couleur verte, montrée dans les manuscrits de Pèlerinage de la Vie Humaine ne compte pas (img. XV.1) : elle reflète la description qui figure dans le poème.

Forme
Les formes changent légèrement : moins carrées, plus ventrues, plus concaves, les angles inférieurs sont plus souvent gommés, même si quelques décorations y restent accrochées.
Le fond arrondi, ventru ou concave est plus souvent présent (img. XV.8, XV.13, XV.14, XV.17). Toutefois, le système de fermeture avec une lanière passant sous le sac déforme le fond et le rend légèrement convexe (img. XV.5, XV.15).
Une forme en ampoule/poire semble apparaître (img. XV.8, XV.13, XV.14, XV.18) ; notons qu’il s’agit d’un peintre alsacien (img. XV.13) et d’un flamand (img. XV.14).
Toutefois, il ne semble pas qu’une seule et unique forme soit en vigueur, il en existe une variété qui semble infinie. Au sein d’un unique manuscrit, réalisé par plusieurs peintres, diverses formes et couleurs sont présentes (img. XV.18 à XV.23).

Rabat
Le rabat est toujours aussi présent (sauf img. XV.14 et img. XV.18). Une fermeture (possiblement une boucle métallique à ardillon comme pour les ceintures) est souvent bien visible (img. XV.3, XV.5, XV.6, XV.11 XV.15, XV.16, XV.17).

Décoration
Les angles vifs disparaissant, il y a peu de pampilles ou houppes dans la partie basse (img.XV.3, XV.6, XV,13). Sans surprise, parce qu’il s’agit essentiellement de Saint Jacques le Majeur, il y a souvent une coquille (enseigne ou coquillage) (img. XV.2 à  XV.6, XV.8 à XV.11, XV.17).
La présence de nombreuses boules sur la tranche des écharpes de manuscrits de Pèlerinage de la Vie Humaine (img. XV.1) relève de la fantaisie décrite dans le poème : ce sont des clochettes.

Bourdon
Certains sont sans pommeau, la plupart ont deux globes, certains en ont 3 dont un placé très bas à peine au-dessus de la pointe ferrée.

Image XV.1 – Pèlerinage de vie humaine. L’écharpe, « Foi », est verte avec des grelots conformément au poème. Ni la couleur ni les ornements de cette écharpe ne sont significative pour notre enquête. L’image est citée pour attirer l’attention lors de vos recherches personnelles. L’extrémité ferrée du bourdon est bien visible. Londres, BL, CottonTiberius AVII f. 91v. 1430-1450. England [West Suffolk?]. Photo BL
 
Image XV.2 – Londres, BL, Royal 17 C XXXVIII f. 15 . Entre 1410 et 1420. Angleterre. Photo BL
 
Image XV.3 – Saint Jacques le Majeur en pèlerin. Lyon, BM, 5140, f64r. Vers 1425. Paris. Photo IRHT
 
Image XV.4 – Saint Jacques le Majeur en pèlerin. L’écharpe est probablement disproportionnée. Paris, ENSBA, Mn.Mas 0061, verso. XV° s. Q1. Paris. Photo IRHT
 
Image XV.5 – L’écharpe est probablement disproportionnée. Londres, BL, Harley 4826 f. 1*. Second quart du XV° s, après 1426. Angleterre du Sud. (probablement Bury St Edmunds). Photo BL
 

Image XV.6- Saint Jacques le Majeur en pèlerin. Chantilly, Musée Condé, 0069 (1456), f78r. Vers 1430- 1435. Photo IRHT
Image XV.7 – Saint Jacques le Majeur en pèlerin. Lyon, BM, 1390 (1265), f260v.  Vers 1440. Lyon.  Photo IRHT
Image XV.8 – Paris, Bibl. Mazarine, 0360, f. 347. avant 1442. Paris. Photo IRHT
Image XV.9 – Saint Jacques le Majeur en pèlerin. Paris, Petit Palais, LDUT 003, f181r. Vers 1450. Paris. Photo IRHT
Image XV.10 – Paris, BNF, Français 50, f. 268. 1463. Paris. Photo Gallica
Image XV.11 – Saint Jacques le Majeur en pèlerin. Lyon, BM, 5154, f124. Vers 1465. Paris. Photo IRHT
Image XV.13 – La légende de Saint Jacques : Le Miracle de la résurrection des poulets rôtis. Maître de la Légende de Saint Jacques. Pour en savoir plus sur l’épisode miraculeux, lire page 48 Humbert Jacomet Regard sur le culte et l’iconographie de Saint Jacques (en Alsace) Exposé à Colmar, Musée Unterlinden (inv. 89.12.1). Vers 1480. Photo Warburg

 

Image XV.13 – Christ et disciples sur le chemin d’Emmaüs. Paris, Bibl. Mazarine, 0976, f. 001-127v, f. 116v. Vers 1470. Tours ? Bourges ? Photo IRHT
Image XV.14  – Saint Jacques. London, Christie’s (lot 124) (7 July 2010). Hans Memling vers 1470-1475. Photo Warburg

 
Image XV.15 – L’écharpe est probablement disproportionnée. Saint Jacques le Majeur en pèlerin – Paris, Musée de Cluny, D.S. 01853, f. 131v. Vers 1488. Photo IRHT
 

Image XV.16 – L’écharpe de gauche est probablement disproportionnée. Les chrétiens, représentés en pèlerins, sont désignés comme « disciples ». Inscriptions : « Discipuli » (« Clarificata carne dominus resurrexit ». Paris, Bibl. Mazarine, 0412, f. 151. vers 1492. Paris. Photo IRHT
Image XV.17 – La bénédiction des écharpes et des bourdons. Lyon, BM, 0565 (0481) f. 175 bis. Vers 1500. Photo IRHT

 

Image XV.18 – Pèlerins payant pour entrer au Saint-Sépulcre. Paris, BNF, Français 2810, f125r. vers 1410. Maître de la Mazarine. Photo Gallica
Image XV.19 – Pèlerins se baignant dans le Jourdan. Paris, BNF, Français 2810, f. 129v. Vers 1410. Maître de la Mazarine. Photo Gallica
Image XV.20 – Pèlerins en voyage. Paris, BNF, Français 2810, f. 142v. Vers 1410. Maître d’Egerton/Bedford trend. Photo Gallica
Image XV.21 – Pèlerins au mon Sinaï. Paris, BNF, Français 2810, f. 154v. Vers 1410. Maître de la Mazarine. Photo Gallica
Image XV.22 – Pèlerins en Tartarie. Paris, BNF, Français 2810, f. 173r. Vers 1410. Maître de la Mazarine. Photo Gallica
Image XV.23 – Pèlerins à Sardenay. Paris, BNF, Français 2810, f. 171v. Vers 1410. Maître de Boucicaut. Photo Gallica

 

Mobilier de fouilles

 

Un rapport de fouilles suisse publié en 2006 est disponible en ligne. Il présente une pochette en cuir évaluée début XIV° s., qui est identifiée comme un sac de pèlerin (img. 33, 34). Malheureusement, il n’y a aucune échelle sur les croquis.[24]https://sh.ch/CMS/Webseite/Kanton-Schaffhausen/Beh-rde/Verwaltung/Baudepartement/Amt-f-r-Denkmalpflege-und-Arch-ologie/Kantonsarch-ologie-1822184-DE.html.

Image MOB.1 – Sac en cuir identifié comme un « sac de pèlerin », trouvé à Stein am Rhein (Suisse, au nord de Zürich). Article de Serge & Marquita Volken. Das Bürgerasyl in Stein am Rhein – Geschichte eines mittelalterlichen Spitals. Schaffhauser Archäologie 7. Schaffhausen 2006. ISBN 3-9521868-4-8 Pages 133, 134
Image MOB.2 – Sac en cuir identifié comme un « sac de pèlerin », trouvé à Stein am Rhein (Suisse, au nord de Zürich). Article de Serge & Marquita Volken. Das Bürgerasyl in Stein am Rhein – Geschichte eines mittelalterlichen Spitals. Schaffhauser Archäologie 7. Schaffhausen 2006. ISBN 3-9521868-4-8 . Page 135.

A l’inverse de la majorité des représentations du début du XIV° s, le bas de ce sac est très nettement concave et sans angle. Peut-être qu’il s’agit d’une modification due à un usage intensif ayant abimé les angles, car l’immense majorité des illustrations montre un sac aux angles bien présents, parfois même agrémentés de houppes.
Peut-être s’agit-il d’une particularité des modèles tardifs ou d’une particularité géographique. Ou d’un décalage de datation. Ou les trois à la fois…
On pourrait accuser les peintres d’ignorance, si la proportion d’écharpes à angles n’était pas si importante (plus de 90%).

 

Plus récemment, sur les réseaux sociaux, ont circulé quelques photos d’un sac piriforme retrouvé à Arboga, en Suède au printemps 2022.

 

Image MOB.3 – Photo provenant du profil facebook Arkeologgruppen Örebro

 

Unique medieval leather bag found during archaeological excavation in Arboga, Sweden
In spring 2022, archaeological excavations were undertaken in the medieval town Arboga in Sweden. Several well-preserved street levels were documented, as well as undisturbed construction layers, containing medieval and historic finds. Numerous leather artefacts were recovered, among them a small leather bag. The bag was sent to leather experts Sofia Berg and Henrik Summanen, who identified it as a pilgrim bag, dated to the 14th-16th centuries. The bag is unique, the only known find ever made in Sweden. Only one similar bag has previously been found in Europe, in Switzerland.
In the Middle Ages, Arboga was part of a well-established network of pilgrimage routes in Europe, connecting Nidaros in Norway to Santiago de Compostela in Spain. Medieval paintings depict Saint Bridget (Swe: Heliga Birgitta) as a pilgrim carrying a similar type of bag.
Historic shoemaker Sofia Berg and archaeologist Henrik Summanen closely examined the bag, and even made a reconstruction of it. In this video, Sofia explains the process further:

 

Le lien vers la vidéo sur la chaîne Historiska skor Sofia Berg (sa page FB est à cette adresse : https://www.facebook.com/historiskaskor )

Je n’ai pas trace de publication de cet item, espérons que ce sera disponible rapidement.

La photo du sac d’Arboga avec la mire (img. MOB.3) montre un objet de dimension assez modeste. Ceci confirme l’hypothèse avancée plus haut que les représentations fiables d’écharpe décrivent un objet guère plus grand qu’un visage humain. Ces proportions sont évidemment faussées lorsque l’écharpe est l’héroïne de la scène ou bien l’élément clef permettant de comprendre ce que l’on voit ou qui est représenté.

La peinture murale citée sur Facebook vient d’Uppsala (img. XVI.1), l’écharpe est très largement disproportionnée et portée de façon fort peu réaliste mais mettant bien en valeur le sac permettant d’identifier sainte Brigitte de Suède.

Image XVI.1 – Suède, Uppsala, église de Harg. 1514. Photo historiska.se

 

La tombe de Worcester

En 1986 a été retrouvée la tombe d’un homme inhumé avec son bourdon. Le bois est du frêne et il a été teinté de pourpre avec un mélange de rouge de kermès et de noir d’os calciné. Cet indice a conduit à supposer qu’il s’agit de la tombe d’un teinturier, Robert Sutton. Il a été ré-inhumé en 1999, mais ses bottes et son bourdon sont exposés.

Image MOB.4 – Gros plan sur l’extrémité ferrée du bourdon, qui présente 2 pointes.  https://www.bbc.com/news/uk-england-hereford-worcester-26925774

 

Autres tombes en France

La pointe ferrée est mentionnée régulièrement comme mobilier funéraire :
Christine Ronco, Julien Boislève. ”Premier bilan de la fouille de la place de la République”. Chroniques du Diois, 2014, n°21, juillet 2014, p. 13-17. hal-01782290 ;
Colardelle Michel, Démians d’Archimbaud Gabrielle, Raynaud Claude. « Typo-chronologie des sépultures du Bas-Empire à la fin du Moyen-Âge dans le Sud-Est de la Gaule »,. In: Archéologie du cimetière chrétien. Actes du 2e colloque ARCHEA (Orléans 29 septembre-1er octobre 1994) Tours : Fédération pour l’édition de la Revue archéologique du Centre de la France, 1996. pp. 271-303. (Supplément à la Revue archéologique du centre de la France, 11) ;
Manniez (Y.) – « Petit mobilier de tombes médiévales et modernes (XIIIe-XVIIIe siècles) de Nîmes (Gard) et de Montpellier (Hérault) » ;
Guilbaut, J.-E. (1986) – “Découverte archéologique dans l’absidiole nord de l’église Saint-Just de Valcabrère (H.G)”, Revue de Comminges Pyrénées centrales, XCVIII, 7-27.
Juliette Masson, Hélène Réveillas et Marie Maury, « La fouille de la place de l’église Saint-Pierre àBruges (Gironde) : d’une occupation alto-médiévale à un cimetière paroissial »,  Bulletin du centred’études médiévales d’Auxerre | BUCEMA  [En ligne], 22.2 | 2018, mis en ligne le 23 janvier 2019 : http://journals.openedition.org/cem/15922 ; DOI : 10.4000/cem.15922

 

mage MOB.5 – Une tombe de pèlerin à Saint-Pierre de Bruges. Juliette Masson, Hélène Réveillas et Marie Maury, « La fouille de la place de l’église Saint-Pierre àBruges (Gironde) : d’une occupation alto-médiévale à un cimetière paroissial »
Image MOB.6 – Guilbaut, J.-E. (1986) – “Découverte archéologique dans l’absidiole nord de l’église Saint-Just de Valcabrère (H.G)”, Revue de Comminges Pyrénées centrales, XCVIII, 7-27

Le grelots mentionnés dans les tombes de pèlerins par Guilbaut (p. 20) et Manniez (p. 126) restent un peu mystérieux. Ceux provenant des sépultures étaient-ils cousus au sac ou bien agrafés au bourdon ? Guilbaut décrit la présence de décorations agrafées sur le bourdon, mais n’y place pas les grelots. Peut-être que ces grelots constituent précisément les décorations dessinées aux angles de certains sacs (des grelots et non des houppes ni des boutons). Ce qui pourrait également indiquer que la fantaisie de Digulleville précisant que « Foi » porte douze clochettes [25]la différence entre une clochette et un grelot, c’est que le grelot est fermé et enserre une boule, la clochette est ouverte et porte un battant ; mais les deux objets ont des fonctions et une taille similaires porterait plus sur les inscriptions gravées dans l’émail  et leur quantité, plutôt que sur la présence du grelot lui-même.
H. Jacomet cite une anecdote à propos d’Ogier le Danois, qui aurait utilisé des grelots fixés sur son bourdon (p. 503 in 2007, Jacomet (Humbert), « “Vovere in pera et baculo”. Le pèlerin et ses attributs aux XIe et XIIe siècles », dans Pellegrinaggi e Santuari di San Michele nell’Occidente Medievale, dir. G. Casiraghi, G. Sergi, Bari, Edipuglia, 2007 (Biblioteca Michaelica, n° 2), pp. 477‑543. ISBN : 88-7228-561-5. ).

 

Conclusion

Bien malin qui pourra prouver qu’il a existé une constance de forme et de matériau tout au long de 4 siècles, valable pour l’ensemble de l’Europe.
Comme pour beaucoup d’accessoires ou de vêtements, les possibilités sont multiples, ont évolué et connaissent probablement des particularité régionales. Par exemple, le cuir semble bien rarement représenté au XII° s. et XIII° s. pour devenir dominant à la fin du Moyen Âge ; il semble également plus présent  dans l’Est et plus au nord de l’Angleterre.

Le bourdon lui aussi est protéiforme, on le rencontre avec ou sans pommeau, portant entre un et trois globes. Une seule constante, parvenue jusqu’à nous : l’extrémité ferrée. Les extrémités ferrées présentent pour la plupart une pique unique, celle du pèlerin de Worcester est exceptionnellement double.

 

Article connexe : https://mediaephile.fr/les-sacs-de-transport-les-sacs-de-voyage/


 

Notes

Notes
01 https://www.cnrtl.fr/definition/%C3%A9charpe
02 « En mi sa veie encontre un pèlerin,
L’escharpe al col, el poing le fust fraisnin
Onc ne vetstes tant gaillart pèlerin
Blanche ot la barbe tome flor en avril »
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k832w/f68.image.r=escharpe
03 « Et s’il prend escrepe et bordon (« besace et bâton », branche VIII, 166) pour se faire pèlerin », https://books.openedition.org/pur/12148?lang=fr
04 vers 272 , vue 33,  Le Pèlerinage de Vie Humaine
05 http://micmap.org/dicfro/search/dictionnaire-godefroy/escharpe
06 https://www.anglo-norman.net/entry/escripe
07 pour en apprendre plus, je vous conseille  2007, Jacomet (Humbert), « “Vovere in pera et baculo”. Le pèlerin et ses attributs aux XIe et XIIe siècles », dans Pellegrinaggi e Santuari di San Michele nell’Occidente Medievale, dir. G. Casiraghi, G. Sergi, Bari, Edipuglia, 2007 (Biblioteca Michaelica, n° 2), pp. 477‑543. ISBN : 88-7228-561-5.
Un article antérieur du même auteur est moins précis et moins complet : Humbert Jacomet, 1990, « Le bourdon, la besace, et la coquille », Archéologia, no 258 (Juin 1990), pp. 42‑51 
08 p 541  in 2007, Jacomet (Humbert), « “Vovere in pera et baculo”. Le pèlerin et ses attributs aux XIe et XIIe siècles », dans Pellegrinaggi e Santuari di San Michele nell’Occidente Medievale, dir. G. Casiraghi, G. Sergi, Bari, Edipuglia, 2007 (Biblioteca Michaelica, n° 2), pp. 477‑543. ISBN : 88-7228-561-5.
09 p. 505 in 2007, Jacomet (Humbert), « “Vovere in pera et baculo”. Le pèlerin et ses attributs aux XIe et XIIe siècles », dans Pellegrinaggi e Santuari di San Michele nell’Occidente Medievale, dir. G. Casiraghi, G. Sergi, Bari, Edipuglia, 2007 (Biblioteca Michaelica, n° 2), pp. 477‑543. ISBN : 88-7228-561-5.
10 celui de la tombe de Robert Sutton était en frêne. cf. § « mobilier de fouilles »
11 cela n’a pas plus de sens que parler de « points de trinité » à propos du motif à trois petits points signalant une décoration sans la reproduire fidèlement (https://mediaephile.fr/les-motifs-sur-les-vetements-dans-peintures-miniatures/)
12 Jacomet (Humbert), « “Vovere in pera et baculo”. Le pèlerin et ses attributs aux XIe et XIIe siècles »
13 note 32, page 488 in 2007, Jacomet (Humbert), « “Vovere in pera et baculo”. Le pèlerin et ses attributs aux XIe et XIIe siècles », dans Pellegrinaggi e Santuari di San Michele nell’Occidente Medievale, dir. G. Casiraghi, G. Sergi, Bari, Edipuglia, 2007 (Biblioteca Michaelica, n° 2), pp. 477‑543. ISBN : 88-7228-561-5.
14 https://www.academia.edu/27214297/Vovere_in_pera_et_baculo_le_p%C3%A8lerin_et_ses_attributs_aux_XIe_et_XIIe_si%C3%A8cles
15 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k111233g/f128.image.r=clochete page 105, vers 3370-3380
16 A. Rucquoi dit « cuir d’animal », mais cette précision n’a pas trop de sens et doit relever d’une mauvaise traduction
17 La seule traduction en français moderne disponible figure dans l’ouvrage de Bernard Gicquel et Denise Péricard-Méa,  « La Légende de Compostelle : le Livre de saint Jacques », Paris, ed. Tallandier, 2003 – ISBN-10 ‏ : ‎ 2847340297 . Assez difficile à trouver à prix abordable, je ne l’ai pas
18 note 234 page 541 in 2007, Jacomet (Humbert), « “Vovere in pera et baculo”. Le pèlerin et ses attributs aux XIe et XIIe siècles », dans Pellegrinaggi e Santuari di San Michele nell’Occidente Medievale, dir. G. Casiraghi, G. Sergi, Bari, Edipuglia, 2007 (Biblioteca Michaelica, n° 2), pp. 477‑543. ISBN : 88-7228-561-5.
19 improprement appelé Guide du pèlerin de saint Jacques de Compostelle, à la suite de la publication d’une traduction du livre V par Jeanne Vielliard. Le « livre V » n’utilise pas ce terme dans son texte
20 Jeanne Vielliard, Le Guide du Pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle, Paris, Librairie Philosophique J. Vrin, 1990, page 97, note 6
21 voir une analyse du manuscrit : https://fr.wikipedia.org/wiki/Codex_Calixtinus
22 le cuir est toujours de la peau d’animal, mais la peau d’animal n’est pas toujours du cuir : https://lapeaulogie.fr/article/cuir-reinvention-medievale/
23 note 8 page 883 Humbert Jacomet L’image de Saint Jacques en France (XIIe – XIXe siècle)
24 https://sh.ch/CMS/Webseite/Kanton-Schaffhausen/Beh-rde/Verwaltung/Baudepartement/Amt-f-r-Denkmalpflege-und-Arch-ologie/Kantonsarch-ologie-1822184-DE.html
25 la différence entre une clochette et un grelot, c’est que le grelot est fermé et enserre une boule, la clochette est ouverte et porte un battant ; mais les deux objets ont des fonctions et une taille similaires

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